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Pelechuco – Charazani: Trekking dans la cordillera Apolobamba

Un de nos buts principaux de notre visite de la Bolivie était de faire un peu de randonnée, vu les nombreuses possibilités offertes par ce pays de montagnes. Le plus dur est d’abord de choisir: Descendre vers la jungle des Yungas, faire le tour de l’Illampu ou du Condoriri. On a pris une option plus audacieuse mais plus typique: la cordilière Apolobamba, à la frontière péruvienne.

Pour la carte, voyez sur le site de Alain Mesili, un alpiniste qui a fait pas mal de premières dans la région.

Le lieu est difficile d’accès (12h de la Paz sur une route pour Jeep uniquement) mais en est plus authentique. Pour éviter le plantage de bus et autres problèmes on a booké avec une agence, ce qui a un peu augmenté le montant de la facture (900 $ pour 6 jours) principalement à cause de la jeep (250$).

Avant même de commencer à marcher, on pouvait se faire un idée de ce qui nous attendait: la route, avec un col à 5000m et des étangs à traverser, le parc Ulla Ulla et ses millions de Lamas, vicuñas et alpacas et les contrôles militaires tous les 50 kms avant la descente vertigineuse vers Pelechuco.

Pelechuco

Après un voyage sans encombre, certainement grâce aux bénédictions du chauffeur aux passages de cols (un peu d’alcool à 96% versé sur les roues de la jeep et sur le sol pour la Pachamama), on se retrouve à Pelechuco, sur la route des Yungas et de la jungle amazonienne. Là, premiers doutes émis par le muletier: vous voulez vraiment faire tout ça en 4 jours? On commence un peu à se méfier du plan prévu par l’agence, mais le guide change un peu le programme pour nous éviter trop de fatigue.

Jour 1: Pelechuco – Rio Illo Illo

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Piedra (4900m)
    • Condors: 3

Jour 1: Bye bye PelechucoLe premier jour de marche part assez fort: on monte de 3700m jusqu’au col de Piedra à 4900m (plus haut que le Mont-Blanc). Heureusement, le début du parcours suit la route d’une mine d’or et est donc assez confortable. On part bien avant le muletier, qui doit aller chercher les bêtes au pâturage (à 2h de marche!). Il nous rejoindra au camp en fin de journée. Le mot d’ordre de la journée est donc: ça monte!

Pendant la montée quelques condors passent en dessus de nous en planant, comme pour nous narguer. Vu qu’on est encore frais, on parvient (en soufflant un peu à la Gainsbourg quand même) en haut du col sans encombre. Une petite offrande à la Pachamama et le guide nous indique le prochain col: regarde, c’est tout là-bas au fond, oui, où il y a la neige!!! Merci pour la motivation…

Ensuite, on se laisse dévaler dans un peu de neige, mais sur un chemin préhispanique d’une qualité impressionante vu l’altitude, jusqu’à une plaine où broutent quelques alpacas, 400m plus bas. Une heure plus tard, on se pose au campement (en dessus du village de Illo Illo) et on attend , un brin anxieux, les mules qui portent notre tente et notre nourriture.

La première constatation, c’est qu’il ne fait pas chaud par ici. Assez normal, vu qu’on est à plus de 4000m et que c’est l’hiver qui commence. On va enfin tester nos sacs de couchages hiver et notre tente Exped “Extreme”.

En plein montage de la tente, un troupeau d’alpacas hébété débarque et nous regarde bizarrement: normal, on a planté la tente sur le chemin de leur enclos. ;-) Pour éviter les pumas et autres prédateurs, les paysans rentrent leurs bêtes tous les soirs et les ressortent le matin. Les valaisans pourraient venir prendre quelques cours ici, eux qui sortent l’armée chaque fois qu’un loup débarque… ;-)

Jour 2: Rio Illo Illo – Sunchuli

    • Kms: 15 env.
    • Cols: Sunchuli (5100m)
    • Condors: 0

Aujourd’hui, programme similaire à hier: ça monte toujours. Cette fois, jusqu’à 5100m, le sommet du parcours. On verra bien comment on résiste à l’altitude, mais on a prévu le coup: On a pris des bonbons de coca anti-soroche (mal d’altitude).

On a pas eu trop froid la nuit, mais le collant thermique était obligatoire… Il faisait environ Jour 2: Cuchillo II5 degrés dans la tente au réveil, et le soleil n’était pas au rendez-vous pour cause de montagne gênante. C’est donc un peu dur de déjeuner en tremblotant de froid. Heureusement le guide-cuisinier a pensé à tout: tartines, yogourt, thé (de coca évidemment), café et chocolat…

On est content de démarrer même si le programme est un peu effrayant: environ 10 kms de montée jusqu’au col Sunchuli, une heure de descente et campement à 4600m. On monte, on s’arrête, on monte, on mange, on monte et pour finir on arrive en bas du mur final: 100m dans la neige et le gravier, en respirant comme un fumeur asthmatique tuberculeux. Avec un brin de mal de crâne pour moi, on finit par arriver au sommet, et l’heure de descente jusqu’au camp n’est plus qu’une formalité.

Jour 3: Sunchuli – Jatunpampa

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Sans nom (2x 4800m)
    • Condors: 4

Le troisième jour, en principe on se sent mieux et on commence à s’habituer à la marche. Sauf que là, on a dormi à 4600m sous la pleine lune donc c’était un peu nuit blanche… Mais aujourd’hui, le programme semble plus facile: un peu de montée jusqu’à 4800m, la descente des mil curvas et un autre col à 4800 pour finir la journée en beauté.

Jour 3: Les mil curvas (du milieu)Le guide nous avait averti: les mil curvas, les gens ont peur, c’est raide… A juste titre, mais on connaît les sentiers des Alpes (genre la tour d’Aï) et on a pas trop le vertige. On est quand même contents de les faire à la descente, vu que c’est 700m de dénivelé et 120 virages (selon le compte du guide). Coincidence, c’est en plein milieu des mil curvas qu’on croise les deux seuls touristes en 4 jours, sans guide ni mules mais avec le GPS ;-)

On prend le temps de regarder ce qui nous attends (c’est juste en face) depuis la prairie d’Inkacancha en cassant la croûte et on est assez stupéfaits de voir débarquer quatre mineurs portant une énorme poutre: direction les mil curvas. Il vont certainement en avoir pour la journée et une partie de la nuit à monter jusqu’à leur campement. Par ici, peu de routes, et en plus le transport est très cher (carburant et pièces de rechange pour les jeeps) donc les gens vont à pied.

En montant péniblement le dernier col, on croise encore deux personnes et une mule: des Kallawayas, les indiens guérisseurs de la région. Ils sont tellement réputés qu’ils vont jusqu’en Patagonie et que ce sont eux qui ont été les médecins des constructeurs du canal de Panama. C’est donc un peu grâce à eux que votre télé Plasma made in China arrive dans votre salon ;-)

Un des détails qui nous frappe dans ce trek, c’est la timidité des gens qu’on croise. Ce n’est pas étonnant, ceci dit, comme ils voient peu de touristes et qu’ils ne parlent souvent pas un mot d’espagnol…

Le dernier col de la journée nous finit bien et on descend en roue libre jusqu’au rendez-Jour 3: Réflexionvous fixé à Eloi pour poser la tente. Heureusement, le sentier est toujours de bonne qualité. Arrivés au rendez-vous, pas de mules: ils sont descendus un peu plus bas… Une demi-heure plus tard on peut poser notre sac et monter la tente sous l’oeil incrédule des viscachas, un improbable croisement entre le lapin, la marmotte et le chinchilla.

Jour 4: Jatunpampa – Charazani

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Aucun (mais ça monte quand même)
    • Condors: 20

Dernier jour. Vu le rythme imposé, on sent un peu la fatigue, mais l’idée de l’hôtel et des Jour 4: Cultures en terrassebains termaux au bout de la journée nous motive. En plus, le paysage change aujourd’hui toutes les heures au fur et à mesure qu’on descend dans la vallée. D’abord les premiers arbres, puis les cactus et ensuite une forêt humide comme dans les Yungas. En plus, coup de chance, une vingtaine de condors croisent notre chemin: une vache ou un lama a dû se tuer au fond de la vallée et les condors s’envolent après s’être fait un bon gueuleton. Rien de mieux pour les photos: condors sur fond de cordilière. ;-)

Un peu plus loin, on croise une mamie locale, qui nous raconte sa vie en Quechua, sans Jour 4: Encore des condorsqu’on comprennent un mot, vu qu’on parle pas la langue et que notre guide est Aymara. Sylvie lui donne une pomme, malgré le peu de dents qu’il lui reste, et on s’en va…

Le reste, c’est quand même pas de la tarte, il nous reste 4 heures de chemin en dents de scie jusqu’à Charazani, but final de la balade. En plus, aujourd’hui on a chaud, ce qui nous change, mais est moins agréable pour la marche…

Au final on arrive à bon port, avec quelques cloques pour Sylvie et un bon coup de barre pour tout le monde. Je trouve quand même la force de descendre jusqu’aux termes avec le guide et le muletier et je me trempe sous l’oeil incrédule des locaux, après que mes deux compagnons m’aient annoncé qu’ils ne savaient pas nager ;-) et qu’ils allaient se contenter de la douche.