Archive for the 'Chili' Category

America perdida

Celui-là, c’est le plus difficile à écrire je peux déjà vous le confirmer… Et le fait d’attendre n’aide pas vraiment non plus. En fait, je crois que si je devais résumer en quelques mots ces huit mois d’aventures, de rencontres et d’expériences incroyables, je dirais, en pensant à toutes les personnes chez qui on a vu une étincelle dans les yeux en parlant de notre projet: Allez-y, faites-le, partez, voyagez!

Je vais pas sortir Bouvier et consorts de leur repos éternel pour mieux appuyer mon argument, mais je peux juste vous dire que ça vous enrichira beaucoup plus que tous les bonus des banquiers réunis (en plus vous ne devrez rien rendre)… En plus, vous faites partie des quelques pour-cent de la population de notre planète qui peuvent le faire, alors n’oubliez pas que beaucoup des gens qui voyagent aujourd’hui, le font uniquement pour fuir une guerre ou la famine.

Il y en a qui ont le coeur si vaste qu’ils sont toujours en voyage

Jacques Brel

Cette chance, on a un peu tendance à l’oublier, sur notre petite île privilégiée. On pense que tout va mal  en écoutant nos collègues se plaindre sans discontinuer ou bien parce qu’on le lit dans le journal. Ce même journal qui ne parle jamais de l’Amérique Latine, l’Asie ou l’Afrique, ni des choses qui vont vraiment mal…

Voyager, c’est aussi le meilleur moyen d’apprendre, autant sur soi-même, les pays qu’on visite que les gens qu’on y rencontre. Tout ça sans devoir payer un professeur de yoga pour nous mettre dans des positions improbables.

Le paradoxe, c’est que mille voyageurs sur le même itinéraire feront mille voyages différents, faits de rencontres ou de solitude, d’aventures ou de contemplation. Et ce n’est pas feu Bouvier qui dira le contraire: on ne savait pas du tout ce qu’on venait chercher avant de partir, mais ce qui est certain, c’est que si on l’avait su, ce ne serait certainement pas ce qu’on aurait ramené…

Le vrai voyageur n’a pas de plan établi et n’a pas l’intention d’arriver

Lao Tseu

Alors, America Perdida comme le disait la Mano Negra en 92 déjà? Et bien non, en tout cas pas pour nous. En fait on peut dire qu’on a vraiment réussi notre rencontre avec ce continent fabuleux, si souvent idéalisé et caricaturé. Tellement réussie qu’on irait presque s’installer là-bas, ha! 

Je ne connais qu’une manière de voyager plus agréable que d’aller à cheval: c’est d’aller à pied.

Jean-Jacques Rousseau

Je crois qu’encore plus que les paysages fabuleux qui ont servi de décor à notre périple, c’est la rencontre avec les cultures de ce continent aux multiples facettes qui nous a touché. Et la culture, c’est pas juste quelques tas de pierres, aussi beaux et célèbres soient-ils. C’est surtout les gens: On n’oubliera jamais les rires de Doña Vita ou le regard fier de Don René, nos hôtes Cochabambinos, la timidité et la gentillesse de Maximo, notre guide péruvien, ou encore de l’accueil légendaire d’Andrés, Alberto, Didi et Titi, nos amis argentins et l’exceptionnelle sympathie des colombiens. Mais surtout: l’intelligence, la fierté et la sensibilité de tous les latino-américains que nous avons rencontrés pendant notre périple.

Et ils ont raison d’être fiers, même si ce continent reste aussi un laboratoire, avec tous ses problèmes de violence, d’injustices sociales et de trafics à grande échelle. Un laboratoire avec très peu de moyens, mais qui fait quand même beaucoup. Pour preuve, la Bolivie, un des pays les plus pauvres du continent a été la première à élire un président indigène dont le programme politique était “Bolivia Cambia” – la Bolivie change. Si ça ne vous rappelle pas un certain Barack tout ça…  

Voilà. Même si on a vu, fait, écouté, parcouru, navigué, transpiré et déjà écrit beaucoup, c’est très difficile de mettre un point final à cette histoire. Surtout qu’on a tous les deux laissé une petite partie de notre coeur là-bas, et qu’un jour ou l’autre, il faudra aller l’y rechercher.

San Pedro de Atacama

Dernier petit passage par le Chili avant de passer la frontière pour la Bolivie….

San Pedro de Atacama est un village construit au milieu du désert qui est à nouveau à ne pas rater. Les paysages aux alentours sont magnifiques; des volcans à perte de vue, des formations géologiques assez déroutantes, des geysers, des dunes de sables, des canyons… Nous avions parfois l’impression d’être sur la lune ou au milieu d’un tableau. Les sensations étaient vraiment magiques.

Un matin, départ à quatre heures pour aller voir des geysers qui se situent a 4300 mètres d’altitude. Autant dire qu’il ne faisait pas très chaud et que l’oxygène manquait un tout petit peu (pour monter quelques dizaines de mètres, nous avions l’impression de courir un 100 mètres). Le spectacle était à nouveau époustoufflant avec des geysers en activité soufflant à plus de dix mètres de haut.

Vu la région désertique des alentours de San Pedro de Atacama et le manque de pluie, ilLa lune existe de nombreux observatoires astronomiques dans le nord du Chili. Il y a donc évidemment aussi la possbilité pour les touristes d’appréhender un peu le monde des étoiles. Nous avons ainsi profité d’une belle soirée avec un ancien astronome et ses quelques téléscopes pour découvrir cette science.

Santiago de Chile et le Paso Libertadores

Bon voilà le topo: beaucoup de personnes rencontrées nous on dit: “Santiago, c’est moche, y’a rien et c’est dangereux, nous on y a même pas passé…”

Vu qu’on se laisse pas influencer facilement on a quand même décidé de faire 2 jours sur place, à la Casa Roja, l’Hostel style télé réalité MTV / Le loft (je cite le guide). Il y a effectivement des mecs en caleçon qui dorment toute la journée devant la TV. Peut-être qu’ils ont peur de sortir? ;-)

On est sortis, et on a pu découvrir une grande ville (4.5 mio d’habitants, quand-même) sud-américaine assez agréable, bien moins dangereuse que prévu, même si une certaine paranoia règne: par exemple, toutes les tables de restaurants ont des crochets ou des mousquetons pour accrocher son sac à main, c’est la première fois que je voyais ça.

Le centre ville est assez agréable, une petite colline à grimper pour le panorama (ou une plus grande avec funiculaire), une zone shopping piétonne (vous vous rendez pas compte de la chance, avec les automobilistes du coin…), Quelques beaux quartiers coloniaux (Barrio Brasil, par exemple) et l’ultra-célèbre palais de la Moneda, bombardé par les yankees pour installer le général Pinochet (merci les gars).

On a profité des multiples restos pas chers et bons, et on a booké (sur le net) nos tickets pour Mendoza, capitale argentine du vin.

Le personnel du bus semblait assez étonné par nos tickets imprimé moi-même, mais ils nous ont quand même laissé monter. Programme: la traversée des Andes par le Paso Libertadores, qui, malgré un tunnel pour éviter le col, passe tout de même à 3200m. Il est ouvert toute l’année et, paraît-il, fait pas mal transpirer les camionneurs brésiliens qui parcourent pour la première fois ses lacets (sous la neige, qu’il découvrent aussi)…

Je ne compte plus les tampons Chiliens et Argentins sur mon passeport, et comme d’hab. les douaniers sont assez cools. En redescendant du col, on a une superbe vue sur l’Aconcagua, quelques kilomètres au Nord. C’est par ici que les Andinistes qui tentent le sommet passent tous, mais la saison vient de se terminer (et oui, c’est la fin de l’été par ici).

S’il y a un voyage à faire de jour, c’est bien cette traversée: les paysages sont superbes: Cactus au premier plan, sommets enneigés derrière, et la route, une simple nationale qui serpente le long de la vallée, en direction de l’Est.

Comme on quitte les contreforts des Andes, le paysage verdit d’un seul coup et on arrive à Mendoza, la capitale de la province du même nom.

Plus d’infos sur Mendoza et ses bodegas au prochain épisode.

Valparaíso!

Dernière étape au Chili avant le retour en Argentine, le port le plus célèbre de tout le Pacifique: Valparaíso.

J’ai dû répéter deux fois au gentil employé qui vendait les tickets de bus, et en arrivant sur place, j’ai compris pourquoi: ça se prononce valpara-iso, hé hé…

On a donc débarqué sur place avec quelques attentes, vu la réputation du lieu. En plus, Valparaíso est sur la fameuse liste World Heritage de l’UNESCO (bon site web, en passant, je vous conseille la visite), le Nikon était prêt à crépiter.

Au niveau du paysage, rien à dire: les collines couvertes de maisons colorées, les ascenseurs (plutôt des funiculaires) en bois et le port en contrebas sont bien là, comme dans le catalogue ;-)

Malgré la réputation d’insécurité du lieu, on peut se balader partout, le plus gros risque c’est l’addition (propina incluida) dans les endroits touristiques comme les cerros Alegre et Concepcion. Ceci dit, dès qu’on sort un peu du gringo trail, on remarque que les ruelles, escaliers et arrière-cours ressemblent pas mal à des décharges: pas facile de faire une photo sans détritus…Valpo typique

Ceci dit, l’ambience du lieu reste assez unique, et si on prend la peine d’aller dans des endroits un peu moins courus, comme le Cerro Carcél (centre culturel alternatif) ou le Cerro Baron, tout à l’opposé de la zone touristique, c’est sympa de voir que ça n’est pas un musée et qu’un grand nombre de personnes y vivent…

Encore un petit tour en bateau dans le port où les cargos frigorifiques à destinations des US font le plein de fruits chiliens, un passage à la lavanderie (ça monte dans le coin et je n’ai que 5 tshirts ;-) ) et l’épisode Valparaíso touche déjà à sa fin: Direction Mendoza avec une étape à Santiago, la capitale Chilienne.

Clic-clac

Comme on peut profiter d’une bonne connexion internet, on a mis à jour les galeries de photos. N’hésitez pas à jeter un oeil par ici.L'obligatoire coucher de soleil

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Villarica

L’endroit où tout le monde va et où il faut y aller, il semblerait. C’est une région volcanique et cela nous tente pas mal de faire l’ascension d’un.

Du coup, après avoir remis les pieds sur la terre ferme, on reprend le bus quelques heures pour rejoindre la région du volcan Villarica.

Nous organisons son ascension avec une agence car nous sommes obligés de prendre un guide et nous avons d’ailleurs compris pourquoi.Le glacier du Villarica, vu d'en haut

6h30 du matin, départ en bus pour rejoindre le reste du groupe et surtout prendre l’équipement (crampons, piolets, casques et surtout habits pour glisser sur le neige en redescendant). Nous sommes un groupe de 9 accompagnés de trois guides. Cela devrait aller. En pleine saison, chaque jour, 300 personnes, partagées entre une vingtaine d’agence, font l’ascension. Tout le monde n’arrive pas toujours en haut… Dans notre groupe, le taux de réussite a été de 65%.

Nous partons tous en petit bus pour rejoindre le parc et surtout le petit télésiège qui nous aidera à monter les premiers mètres. Du coup, départ à 1800 m pour rejoindre le haut du cratère a 2830 m. Nous chaussons les crampons pour un bout de l’ascension car il y a un peu de neige. Nos guides se préoccupent principalement de nous signaler le pierres de lave qui décrochent pour que l’on puisse courir d’un côté ou de l’autre (pas évident avec des crampons).

Les derniers mètres se grimpent dans les roches de laves qui ne sont pas très stables. Il n’y a pas de chemin et c’est là que nous remercions infiniment le guide que je suis à la trace.

Arrivé en haut, nous jouissons d’un magnifique panorama. Il y a, évidemment, le trou. Nous n’apercevons pas la lave mais respirons par contre bien les émanations de souffre.

Nous sommes redescendu rapidemment (sauf le premier bout) sur les fesses dans la neige.

Le lendemain, nous avons visiter la région à vélo. Et oui, cela commencait à nous manquer ! Nos fesses ont un peu souffert mais c’était sympa de pédaler.

Nous allons ensuite reprendre un bus de nuit pour rejoindre la ville de Valparaiso. Place à un peu de culture…

La croisière s’amuse

Après une bonne longue marche, quoi de mieux qu’une petite fondue … Et bien non introuvable !

Dommage, on s’est contenté d’une excelllente pizza.

Par contre, en récompense de l’effort donné, nous nous sommes offerts quatres jours de croisière à bord du Ferry Evangelistas de Navimag. L’embarquement est prévu a 21 heures le jeudi soir. Nous sommes quasi deux cent passagers prêts pour naviguer durant 4 jours jusqu’à Puerto Montt en traversant canaux et fjords et une partie de l’océan pacifique (partie un peu plus technique pour nos estomacs).Le ferry

Nous sommes tous assez excités par l’aventure qui nous attend et curieux de voir la tête de nos cabines et celle des compagnons de chambre (vont-ils ronfler?). Le résultat fut plus que ce que nous pouvions attendre. Nous nous sommes retrouvés dans une superbe petite cabine très confortable avec deux espagnols très sympathiques. Nous prenons nos place pour la nuit que nous allons passés au port. Ensuite, rendez-vous dans la salle principale pour le premier briefing (trajet, organisation, activités, sécurité, présentation de l’équipage…).

Nous nous faisons gentiment réveiller vers 6h00 du matin. Le bateau quitte le port de Puerto Natales. Encore une petite heure de sommeil avant d’aller prendre un bon petit déjeuner. Le soleil se dispute avec les nuages mais nous pouvons bien apercevoir le paysage des canaux et des fjords ( je vous laisse chercher la différence). Nous naviguons tranquillement et passons pas mal de temps dans la cabine de pilotage. On en apprend un peu sur le fonctionnement d’un bateau, grâce à Barbara qu’on a rencontrée sur le circuito. Le soir, quelques dauphins viennent nous souhaiter une bonne soirée. Nous nous offrons ensuite un petit apéro servi par Isaac (sans sa moustache, dommage !) avant le souper.

L’ambiance à bord est très agréable.

Samedi, nous faisons une petite escale à Puerto Edén; 180 habitants au milieu de nul part. Navimag (la compagnie du ferrie) a un accord avec les autorités et doit s’y arrêter pour approvisionner les gens et les transporter, au besoin, vers la ville. Le village est minuscule et très charmant. Il y reste une dernière famille d’indiens (les Kawéskar) mais il sont en voie de disparition car ils ne peuvent plus se reproduire (voilà encore un méfait de notre civilisation actuelle).

Nous remontons a bord pour la partie plus technique de notre voyage. Nous allons passer le golfo de Penas dans le Pacifique ce qui veut dire: des vagues et des risques importants de vomir. On nous conseille la petite pilule magique à prendre quand ils nous le dirons. 15hoo : ok c’est le moment et bonne chance à vous. 17hoo, cela commence à sérieusement bouger sur ce bateau. On se marre en se regardant marcher car on touche tous les murs et on s’accroche où on peut. Les vagues ne sont pas si grandes que cela mais cela tangue quand même pas mal. Nous avons été duremment bercés durant tout le nuit, c’était marrant. Le matin, calme plat et grand beau. On apperçoit des pinguoins et des éléphants de mer qui se baignent autour du bateau. L’après-midi; cadeau magnifique, nous apercevons au loin le souffle de deux baleines bleues et leur dos, merci.

La dernière soirée, nous nous sommes bien marrés en jouant quelques parties de Bingo. Les animateurs sur le bateau étaient juste extras, un peu du genre GO. Nous avons terminé la soirée avec une petite boum, bien drôle aussi !

Lundi matin, débarquement a 8hoo a Puerto Montt un peu triste de quitter la mer mais à l’affût de nouvelles aventures…..

Torres del Paine: El circuito

Pour nous remettre de toute la consommation de nourriture trop grasse, on a donc décidé de partir faire un peu de marche…

Accessoirement, le parc des Torres del Paine n’est pas très accessible: même si on n’y va qu’un jour pour voir les célèbres Torres, il faut compter 6 heures de marche. De plus, beaucoup des plus belles attractions sont encore plus inacessibles. Le meilleur moyen, c’est donc une tente, un sac de couchage, quelques kilos de pâtes, du temps et pas mal de motivation.

Il y a deux circuit possible: le W (à cause de la forme) qui ne fait que la partie sud du parc, ou le circuito, qui tourne tout autour du massif. Comme on a le temps, on a opté pour le circuito, même si il y a moins de possibilités de faire demi tour en cas de problèmes. Comme on assure ;-) , ça devrait aller.

La carte (google maps) 

La galerie Photos 

Jour 1: Hosteria las Torres – Camping Serón

9 kms / 4 heures

Le premier jour, c’est toujours un peu dur: le sac est trop lourd, et on se rend compte du côté un peu inconscient du projet… Pour le circuito, c’est aussi un des moins intéressants au niveau du paysage: on laisse les Torres derrière nous pour contourner par la droite le coin sud-est du massif. On se rend aussi compte qu’avec un gros backpack sur le dos, on ira beaucoup moins vite qu’à notre habitude. Heureusement, la marche est pas trop longue et le camp est sympa et pas trop bondé.

Jour 2: Camping Serón – Refugio Lago Dickson

19 kms / 6.5 heures
Le deuxième jour nous donne une meilleure idée de l’effort à fournir… Le paysage devient plus sauvage et la civilisation s’éloigne. La montée du jour se termine par un col ou on se prend le vent de la vallée du Rio Paine directement dans la figure: au moins 120 km/h, difficile de progresser mais ça nous prépare pour la suite ;-) . Ensuite, on longe le Rio Paine jusqu’au refuge Dickson, au bord du lac du même nom où on peut voir le lac et deviner le glacier dans les nuages. Jusque là on a pas à se plaindre de la météo, il fait même trop chaud! Ceci dit, ça va vite changer…

Jour 3: Refugio Lago Dickson – Camp Los Perros

9 kms / 5 heures

On replie le matos, et on démarre pour 4 heures dans la vallée de los Perros, pour arriver au camp 500m plus haut. C’est le début de la montée vers le Paso John Gardner, qui se fait en deux jours. C’est le fameux col ou les guides prédisent du vent à décorner un mammouth, de la neige du brouillard, des hannetons et j’en passe…

Toute la montée se fait dans la forêt, dans une des vallées les plus reculées du parc. Comme d’hab, le paysage est unique: glaciers, torrents de montagne, sommets enneigés et cascades accompagnent le voyage. Plus un autre classique patagonien pour la dernière heure: la pluie… Heureusement qu’on est partis assez tôt, vu que le temps se gâte bien. On ne prend qu’une heure de flotte, juste le temps de constater que le goretex, c’est du pipeau. On arrive donc mi-trempés au camp et on monte la tente sous le déluge. Un bon point pour EXPED: la tente est étanche, on peut donc dormir au sec. Pas mal, vu que demain c’est 700m de montée et 1000 de descente de l’autre côté.

Jour 4: Camp Los Perros – Camp Los Guardas

18 kms / 7.5 heures

Aujourd’hui, c’est un peu l’épreuve de vérité: le Col John Gardner, 1240m avec des conditions qui peuvent être dantesques. Justement, on se pose quelques questions vu qu’il a plu une bonne partie de la nuit et on est très contents de sortir de la tente sous le soleil.

On commence donc directement la montée par une demi-heure de boue (Swampy-swampy on nous avait prévenus). Ensuite ça s’améliore et on retrouve du terrain habituel pour nous: pierrier et roche glaciaire. La montée se passe sans problème et on arrive en haut pour constater qu’il n’y a pas de vent. La classe, on a donc tout le temps pour admirer le monstre 500m en dessous: le glacier Grey. 15km de long, 5km de large, il descend directement du Hielo Sur, le champ de glace patagonien (comme le Perito Moreno). La vue du col est idéale: on est en plein milieu et on embrasse tout le glacier, le lac Grey et les autres glaciers qui se jettent dans le Grey. C’est vraiment la récompense pour avoir choisi le circuit plus difficile et les 3 jours de marche pour arriver jusque là.

Pour terminer la journée, 4 heures de descente sur un sentier boueux, quelques mètres seulement en dessus de la roche vive qui bordent l’immense langue de glace. On arrive au camp Guardas, gratuit mais très basique.

Jour 5: Camp Los Guardas – Camp Paine Grande

15 kms / 5 heures

On part de Los Guardas en regardant encore une fois incrédules l’énorme glacier Grey et les icebergs qu’il crache sur le lac et on se dirige vers le Refugio Grey, où on rejoint l’autre circuit, le W. A partir de là, beaucoup plus de monde sur le sentier, c’est un peu moins tranquille. La journée paraît un peu longue à cause de la fatigue du jour précédent et en fin d’après-midi on débarque au Lodge Paine Grande, une sorte d’auberge pour américains avec bar, happy-hours et prix en conséquence

Jour 6: Camp Paine Grande – Camp Italiano + Valle del Francés

20.5 kms / 8 heures

Aujourd’hui le programme est en deux parties: deux heures jusqu’au camp Italiano où on va monter la tente et se débarrasser des enclumes dans nos sacs. Ensuite, la valle del Francès dont on beaucoup entendu parler et qu’il ne faut pas rater, paraît-il…

En arrivant au camp, on comprend déjà pourquoi: sur la gauche, on a une vue sur le glacier français, qui couvre le côté est du Paine Grande et qui se compose de plusieurs corniches sur environ 1000m de hauteur. Chaque fois qu’un bloc se détache et s’écrase sur la corniche inférieure, on entend un craquement semblable à la foudre. Donc trois heures de montée plus tard, on arrive en haut de la vallée et on a une vue incroyable sur tout le cirque de tours de granit qui la ferme. En tout et pour tout 4 autres personnes sont en train d’admirer le spectacle, comme quoi, même aux Torres del Paine, on peut être tranquilles.

Après avoir regardé encore une fois le glacier français on redescend vers le camp Italiano et on retrouve l’ambiance “Palavas les flots” du camping. Malheureusement, beaucoup de personnes on un peu de peine à respecter le parc et vu la quantité de visiteurs, les campings sont des fois assez crado: papiers, poubelles qui traînent et personnes qui font la vaisselle dans la rivière (merci l’eau potable). Sans compter le bordel que certains visiteurs font.

Jour 7: Camp Italiano – Refugio Chileno

18 kms / 7 heures

Pour terminer la marche, on fait une partie du circuit W pour aller se poser au bas du sentier vers les Torres. Beaucoup plus de monde, le chemin est un peu long, surtout qu’on commence à sentir la fatigue comme on a pas pris de jour de repos. Heureusement il y a toujours un paysage incroyable pour se passer le temps: aujourd’hui, on longe le massif des Cuernos del Paine (les cornes) dont la forme et la couleur sont assez improbables. On finit quand même par arriver au refugio Chileno après 7 heures de marche. Le petit camp juste à côté est très sympa, seulement une vingtaine de tentes, ce qui nous change du camp Italiano.

Jour 8: Mirador las Torres

14 kms / 5 heures

Dernier jour, qui devrait être l’apothéose. Ceci dit, je pense qu’avec tout ce qu’on a déjà vu, ça sera difficile d’être vraiment impressionnés. Ca démarre d’ailleurs mal le matin: il pleut. On en profite pour prendre le petit déj au refuge, en attendant que ça passe (avec le changement de saison toutes les 2 heures, ça devrait aller vite…)

Avec un peu de pitié pour les touristes qui arrivent trempés (2 heures de montée jusqu’au refuge depuis la route, et beaucoup de gens font un seul jour aux Torres et ne font que ce trajet) on attaque la montée sous la pluie qui s’arrète mollement.

La montée est comme d’hab: tout droit, le chemin est pas très bien tracé et la fin, dans les cailloux est un brin pénible (sans parler de la descente). Quand on arrive au mirador, les Torres sont quasiment dégagées et on a une assez bonne idée de la chose…

En fait les Torres del Paine se sont formées de la même manière que le pain de sucre et les autres Morros de Rio de Janeiro: c’est la lave durcie, restée dans le conduit du volcan qui créé ces tours de granit: le cône de déjection, formé de lave plus friable, a été emporté (aux Torres par le glacier dont on voit les restes sous les tours).

Après 8 jours et 115 kilomètres, on peut vraiment dire que le circuito est une expérience unique, non seulement par la diversité des paysages (glaciers, montagnes et forêts vierges dans une concentration unique au monde), mais aussi à cause de l’effort nécessaire pour pouvoir les admirer. Tout se mérite, et peut-être bien que c’est mieux comme ça…

Carretera austral V: Villa O’higgins – El Chaltén

Trajet: Villa O’higgins – El Chaltén (Argentine)

Kms: 50 (bateau) + 25 (pied) + 20 (bateau) + 40 (bus) = env. 140

Villa O’higgins normalement, c’est la fin de la route. Pour partir: il faut attendre le bus (2 par semaine) et faire 600 kms de gravier, qu’on connaît déjà puisque on est venus par là.

Depuis quelques années, il y a une autre possibilité: prendre le bateau jusqu’à Candelario Mancilla (le bled le plus paumé du Chili) et ensuite marcher 25 kms jusqu’à l’Argentine, reprendre bateau puis bus et arriver (avec un peu de chance) à El Chaltén.

On a donc booké ça sans trop y croire sur le site internet (si si) et on est parti de VLago del Desiertoilla O’higgins à 6 heures du mat.

Le trajet est surtout intéressant pour les paysages et le côté perdu de l’endroit: On commence par longer le bras nord du Lago O’higgins, on descend du bateau à Candelario Mancilla, on laisse les Mochilas pour que les chevaux s’en chargent et on part donc pour 20km de marche plein Sud direction: la frontière.

Après une ou deux hésitations et 4 heures de marche en croisant un mec (qui le faisait dans l’autre sens) on arrive à la frontière argentine. Pour ajouter à l’insolite, un groupe d’allemands, la soixantaine, en tour organisé, s’était joint à nous le matin. (On avait déjà eu vent de leur présence à Villa O’higgins car les nouvelles vont vite dans ces endroits où il ne se passe rien..)

L’organisateur nous avait averti du problème: il faut marcher avec les sacs de la frontière argentine à la douane, soit 6kms… Les allemands et leurs Samsonites à roulettes ne semblaient pas au courant, ceci dit.

Comme on admirait, incrédules le tas de bagages paumé au milieu de nulle part, les notres sont arrivés par leur propres moyens hennissants. On a donc chargé ça comme on a pu et on est partis pour deux heures pénibles jusqu’au Lago del Desierto et à la douane. Heureusement la vue est totalement unique et fait un peu oublier les 25 kgs qui te plie le dos: Le Lago del Desierto avec en fond, le massif du Fitz Roy. Encore une fois on a de la chance avec le temps: le ciel est quasi dégagé…

Le passage de douane se fait comme d’hab. et après une heure de bateau et une heure de bus on est a El Chaltén, la mecque du trekking et de l’alpinisme en Argentine.

Pour l’anecdote: les allemands sont tous là, mais il manque leur bagages ;-)

Carretera austral IV: Cochrane-Villa O’higgins

Trajet: Cochrane-Villa O’higgins

Kms: 220

C’est reparti pour un petit tour en bus, dont l’état se déteriore au fur et à mesure qu’on va vers le sud (heureusement, c’est le dernier). On repart avec les mêmes touristes (plus ou moins quelques locaux) qui sont maintenant nos potes, à force de passer toutes nos journées ensemble, cette fois jusqu’au bout de la route, 9 heures plus tard.

Beaucoup de gens viennent ici pour le côté mythique End of the Road de l’endroit. Nous aussi, mais on aimerait aller plus loin: comme c’est un cul de sac, ça veut dire se taper 600km dans l’autre sens pour retourner jusqu’à un endroit ou passer la frontière (Chile Chico, entre Cochrane et Coyhaique).

Mais, il semble y avoir une autre solution: Prendre un bateau sur le lac O’higgins près de Villa O’higgins et après 3 heures arriver à une ferme et un poste de police chilien, mettre les sacs sur un cheval et marcher 25 kms vers le sud et la frontière argentine pour arriver au nord du Lago del desierto, 40 kms au Nord de El Chaltén. Ce qui tombe bien puisque c’est notre prochaine étape.

Comparé à Villa O’higgins, Cochrane paraît être une mégapole. Ici, 2 restos, pas de bars, un minimercado où c’est difficile de trouver un soda pas perimé et tout ça pour presque le même prix qu’en Suisse (bon, transporter des bouteilles de bière sur 500 kms de chemins forestiers, c’est sûr que ça a une influence sur le prix). Seul avantage: l’eau des rivières est potable.

Heureusement on a des chaussures de marche et il y a quelques sentiers dans le coin. Donc, après avoir confirmé de vive voix que le passage vers l’Argentine était possible et que les chevaux nous attendaient (on n’y croyait qu’à moitié), on s’en va voir le Refugio Mosco, une belle balade en direction des glaciers qui se trouvent évidemment au fond de la vallée. Comme ça monte, on a droit à une belle vue sur le village et le Lago O’higgins qui va jusqu’en Argentine. De temps en temps on se prend quelques gouttes de pluie poussées par le vent depuis l’énorme Campo de hielo Norte, ça nous change un peu du soleil.

Villa O’higgins est vraiment un endroit spécial. Les gens sont spéciaux, ça sent un peu le repris de justice qui a fui quelque sentence et l’asocial qui ne veut pas s’intégrer dans la société moderne. Il y a aussi bien sûr des simples agriculteurs et des personnes très sympa comme la patronne de notre hôtel, qui avait une demi vache à préparer au milieu de sa cuisine et qui n’a rien dit quand on lui a demandé de déjeuner à 6 heures du mat…

A la sortie du village: la fin de la route. Juste deux barrières posées en travers, avec assez de place pour passer (la route va un peu plus loin en fait, pour prendre le bateau sur le lago O’higgins).

C’est assez symbolique: La route est finie, mais vous pouvez quand même continuer…

La suite: une très longue journée, dans le prochain épisode…

PS: Les photos aussi, dès que les connections Internet s’améliorent.