Pour nous remettre de toute la consommation de nourriture trop grasse, on a donc décidé de partir faire un peu de marche…
Accessoirement, le parc des Torres del Paine n’est pas très accessible: même si on n’y va qu’un jour pour voir les célèbres Torres, il faut compter 6 heures de marche. De plus, beaucoup des plus belles attractions sont encore plus inacessibles. Le meilleur moyen, c’est donc une tente, un sac de couchage, quelques kilos de pâtes, du temps et pas mal de motivation.
Il y a deux circuit possible: le W (à cause de la forme) qui ne fait que la partie sud du parc, ou le circuito, qui tourne tout autour du massif. Comme on a le temps, on a opté pour le circuito, même si il y a moins de possibilités de faire demi tour en cas de problèmes. Comme on assure
, ça devrait aller.
La carte (google maps)
La galerie Photos
Jour 1: Hosteria las Torres – Camping Serón
9 kms / 4 heures
Le premier jour, c’est toujours un peu dur: le sac est trop lourd, et on se rend compte du côté un peu inconscient du projet… Pour le circuito, c’est aussi un des moins intéressants au niveau du paysage: on laisse les Torres derrière nous pour contourner par la droite le coin sud-est du massif. On se rend aussi compte qu’avec un gros backpack sur le dos, on ira beaucoup moins vite qu’à notre habitude. Heureusement, la marche est pas trop longue et le camp est sympa et pas trop bondé.
Jour 2: Camping Serón – Refugio Lago Dickson
19 kms / 6.5 heures
Le deuxième jour nous donne une meilleure idée de l’effort à fournir… Le paysage devient plus sauvage et la civilisation s’éloigne. La montée du jour se termine par un col ou on se prend le vent de la vallée du Rio Paine directement dans la figure: au moins 120 km/h, difficile de progresser mais ça nous prépare pour la suite
. Ensuite, on longe le Rio Paine jusqu’au refuge Dickson, au bord du lac du même nom où on peut voir le lac et deviner le glacier dans les nuages. Jusque là on a pas à se plaindre de la météo, il fait même trop chaud! Ceci dit, ça va vite changer…
Jour 3: Refugio Lago Dickson – Camp Los Perros
9 kms / 5 heures
On replie le matos, et on démarre pour 4 heures dans la vallée de los Perros, pour arriver au camp 500m plus haut. C’est le début de la montée vers le Paso John Gardner, qui se fait en deux jours. C’est le fameux col ou les guides prédisent du vent à décorner un mammouth, de la neige du brouillard, des hannetons et j’en passe…
Toute la montée se fait dans la forêt, dans une des vallées les plus reculées du parc. Comme d’hab, le paysage est unique: glaciers, torrents de montagne, sommets enneigés et cascades accompagnent le voyage. Plus un autre classique patagonien pour la dernière heure: la pluie… Heureusement qu’on est partis assez tôt, vu que le temps se gâte bien. On ne prend qu’une heure de flotte, juste le temps de constater que le goretex, c’est du pipeau. On arrive donc mi-trempés au camp et on monte la tente sous le déluge. Un bon point pour EXPED: la tente est étanche, on peut donc dormir au sec. Pas mal, vu que demain c’est 700m de montée et 1000 de descente de l’autre côté.
Jour 4: Camp Los Perros – Camp Los Guardas
18 kms / 7.5 heures
Aujourd’hui, c’est un peu l’épreuve de vérité: le Col John Gardner, 1240m avec des conditions qui peuvent être dantesques. Justement, on se pose quelques questions vu qu’il a plu une bonne partie de la nuit et on est très contents de sortir de la tente sous le soleil.
On commence donc directement la montée par une demi-heure de boue (Swampy-swampy on nous avait prévenus). Ensuite ça s’améliore et on retrouve du terrain habituel pour nous: pierrier et roche glaciaire. La montée se passe sans problème et on arrive en haut pour constater qu’il n’y a pas de vent. La classe, on a donc tout le temps pour admirer le monstre 500m en dessous: le glacier Grey. 15km de long, 5km de large, il descend directement du Hielo Sur, le champ de glace patagonien (comme le Perito Moreno). La vue du col est idéale: on est en plein milieu et on embrasse tout le glacier, le lac Grey et les autres glaciers qui se jettent dans le Grey. C’est vraiment la récompense pour avoir choisi le circuit plus difficile et les 3 jours de marche pour arriver jusque là.
Pour terminer la journée, 4 heures de descente sur un sentier boueux, quelques mètres seulement en dessus de la roche vive qui bordent l’immense langue de glace. On arrive au camp Guardas, gratuit mais très basique.
Jour 5: Camp Los Guardas – Camp Paine Grande
15 kms / 5 heures
On part de Los Guardas en regardant encore une fois incrédules l’énorme glacier Grey et les icebergs qu’il crache sur le lac et on se dirige vers le Refugio Grey, où on rejoint l’autre circuit, le W. A partir de là, beaucoup plus de monde sur le sentier, c’est un peu moins tranquille. La journée paraît un peu longue à cause de la fatigue du jour précédent et en fin d’après-midi on débarque au Lodge Paine Grande, une sorte d’auberge pour américains avec bar, happy-hours et prix en conséquence
Jour 6: Camp Paine Grande – Camp Italiano + Valle del Francés
20.5 kms / 8 heures
Aujourd’hui le programme est en deux parties: deux heures jusqu’au camp Italiano où on va monter la tente et se débarrasser des enclumes dans nos sacs. Ensuite, la valle del Francès dont on beaucoup entendu parler et qu’il ne faut pas rater, paraît-il…
En arrivant au camp, on comprend déjà pourquoi: sur la gauche, on a une vue sur le glacier français, qui couvre le côté est du Paine Grande et qui se compose de plusieurs corniches sur environ 1000m de hauteur. Chaque fois qu’un bloc se détache et s’écrase sur la corniche inférieure, on entend un craquement semblable à la foudre. Donc trois heures de montée plus tard, on arrive en haut de la vallée et on a une vue incroyable sur tout le cirque de tours de granit qui la ferme. En tout et pour tout 4 autres personnes sont en train d’admirer le spectacle, comme quoi, même aux Torres del Paine, on peut être tranquilles.
Après avoir regardé encore une fois le glacier français on redescend vers le camp Italiano et on retrouve l’ambiance “Palavas les flots” du camping. Malheureusement, beaucoup de personnes on un peu de peine à respecter le parc et vu la quantité de visiteurs, les campings sont des fois assez crado: papiers, poubelles qui traînent et personnes qui font la vaisselle dans la rivière (merci l’eau potable). Sans compter le bordel que certains visiteurs font.
Jour 7: Camp Italiano – Refugio Chileno
18 kms / 7 heures
Pour terminer la marche, on fait une partie du circuit W pour aller se poser au bas du sentier vers les Torres. Beaucoup plus de monde, le chemin est un peu long, surtout qu’on commence à sentir la fatigue comme on a pas pris de jour de repos. Heureusement il y a toujours un paysage incroyable pour se passer le temps: aujourd’hui, on longe le massif des Cuernos del Paine (les cornes) dont la forme et la couleur sont assez improbables. On finit quand même par arriver au refugio Chileno après 7 heures de marche. Le petit camp juste à côté est très sympa, seulement une vingtaine de tentes, ce qui nous change du camp Italiano.
Jour 8: Mirador las Torres
14 kms / 5 heures
Dernier jour, qui devrait être l’apothéose. Ceci dit, je pense qu’avec tout ce qu’on a déjà vu, ça sera difficile d’être vraiment impressionnés. Ca démarre d’ailleurs mal le matin: il pleut. On en profite pour prendre le petit déj au refuge, en attendant que ça passe (avec le changement de saison toutes les 2 heures, ça devrait aller vite…)
Avec un peu de pitié pour les touristes qui arrivent trempés (2 heures de montée jusqu’au refuge depuis la route, et beaucoup de gens font un seul jour aux Torres et ne font que ce trajet) on attaque la montée sous la pluie qui s’arrète mollement.
La montée est comme d’hab: tout droit, le chemin est pas très bien tracé et la fin, dans les cailloux est un brin pénible (sans parler de la descente). Quand on arrive au mirador, les Torres sont quasiment dégagées et on a une assez bonne idée de la chose…
En fait les Torres del Paine se sont formées de la même manière que le pain de sucre et les autres Morros de Rio de Janeiro: c’est la lave durcie, restée dans le conduit du volcan qui créé ces tours de granit: le cône de déjection, formé de lave plus friable, a été emporté (aux Torres par le glacier dont on voit les restes sous les tours).
Après 8 jours et 115 kilomètres, on peut vraiment dire que le circuito est une expérience unique, non seulement par la diversité des paysages (glaciers, montagnes et forêts vierges dans une concentration unique au monde), mais aussi à cause de l’effort nécessaire pour pouvoir les admirer. Tout se mérite, et peut-être bien que c’est mieux comme ça…