Au milieu de tous ces sommets enneigés de la Cordillera Blanca, la tentation d’en grimper un est grande. Vu le temps passé en altitude, notre acclimatation semble être faite. Pourquoi ne pas en
profiter pour s’initier un peu à l’alpinisme!
Le Pisco, vu du bas de son glacier
Au Pérou, on peut volontiers s’asseoir et siroter des Pisco Sour à volonté (c’est même dans Wikipedia). Nous avons choisi de tenter l’ascension d’un sommet de la Cordillera Blanca du même nom à 5760 mètres. Pari tenu, on s’organise avec notre guide Maximo (le même que pour le trekking de Huayhuash) pour le faire en trois jours.
Nous commençons par rejoindre le point de départ en bus et taxi en passant par Yungay. Cette petite ville a été dévastée par un énorme torrent de boue quand un pan entier du Huascarán lors du tremblement de terre de 1970. Les rochers gros comme des maisons encore
présents donnent une idée de la force de la montagne.
On arrive au bout de la route avec le taxi, mais on n’aperçoit pas encore le Pisco. Aujourd’hui, l’objectif est de rejoindre le refuge se trouvant à 4680 mètres. Nous sommes déjà à 3900 mais cela n’est pas gagné car il faut monter avec tout l’équipement d’alpinisme et c’est lourd. Heureusement, Maximo nous déleste un peu, enfin surtout moi! Durant la montée, deux condors viennent nous saluer et nous distraire un instant. A mi-chemin, nous apercevons le monstre qui sera à escalader le
lendemain. Nous restons un peu bouche bée, ébahis à la fois par la beauté et par la hauteur de la bête!
Nous arrivons tranquillement au refuge bien contents de pouvoir passer la nuit au chaud et non sous notre tente pour une fois. On se couche vers sept heures dans le but de se réveiller le plus tôt possible. De toute façon, pas le choix: on se lève à 1h15 et on doit quitter le camp à 2h00.

On commence par plus de deux heures de traversée de moraine comme je n’en avais jamais vue. D’énormes rochers plus ou moins stables sur lesquels passent un semblant de chemin. A l’aide de nos frontales, on monte pour redescendre puis pour remonter sous un magnifique ciel étoilé. Nous apercevons au loin d’autres cordées. On sera vingt à tenter l’ascension.
Arrivant enfin au bord du glacier, on passe aux choses sérieuses: crampons, piolets, harnais et c’est parti pour quelques bonnes heures de grimpes pour tenter rejoindre ce fameux sommet. Après quelques mètres, je me demande ce qui nous a pris mais bon, c’est un peu tôt pour m’arrêter.
On avance lentement mais on avance, les jambes sont lourdes, très lourdes. Je fais connaissance avec d’autres muscles que ceux utilisés pour trekker. J’ai l’impression qu’ils me crient très fort de m’arrêter. De plus, je suis tout sauf à l’aise avec des crampons.
Le soleil se lève gentiment, c’est magnifique. Nous nous trouvons au milieu de somptueux sommets enneigés. Le vent se lève aussi et il commence à faire bien froid. On monte les trois encordés sur ce monstre blanc. Il n’y a pas de bruit si ce n’est celui de notre respiration.
Après un moment, cela devient un peu plus dur, même le piolet commence à peser. L’alpinisme n’a vraiment rien à voir avec le trekking. Nous sommes acclimatés à l’altitude mais pas beaucoup à un tel effort. A mi-chemin, je n’y crois plus et ne peux plus tenir le rythme. Il reste tellement de pente à grimper. Je vois les cordées devant et derrière qui peinent aussi et réalise que ce n’est pas gagné.
J’ai voulu abandonner à plusieurs reprises mais Quentin me disait à chaque fois: allez, encore un bout! Maximo, notre guide y croyait pour moi. A coup de petits bouts, de volonté, de pas mal d’efforts, de quelques encouragements et de je ne sais quoi d’autres, nous y sommes arrivés. Les derniers 30 mètres de pente à 60 degrés au piolet ont été l’ultime supplice.
Arrivés au sommet du Pisco, la récompense est indescriptible. Nous sommes raides mais émerveillés par le paysage qui nous entoure. Les larmes m’en coulent tellement je suis émue! Nous avons un magnifique panorama de 360 degrés sur les plus belles montagnes de la Cordillera Blanca…. merci!
Après quelques embrassades et photos, nous attaquons la descente car, mine de rien, il ne fait pas chaud là-haut. Nous débutons par un petit bout de rappel, les fameux 30 mètres! Cela va tout de suite plus vite à la descente.
Nous rejoignons la moraine tranquillement car nous sentons bien la fatigue et la montagne demande toujours de la vigilance. Et oui, les crevasses sont toujours là!
Nous quittons la neige pas mécontents de pouvoir retirer ces fameux crampons et chaussures d’alpinisme, beaucoup trop lourds. Nous nous reposons un instant avant de retraverser cette fameuse moraine. De jour, le chemin à l’air plus simple mais par contre des pierres décrochent à tout moment. On avance prudemment jusqu’au refuge, mes jambes ne tiennent plus vraiment. Par prudence, nous passons la nuit au camp de base pour rejoindre la route le lendemain dans de meilleures conditions physiques.
Une expérience hors du commun qui nous a offert un spectacle de montagne incroyable….