Author Archive for quentin

Pelechuco – Charazani: Trekking dans la cordillera Apolobamba

Un de nos buts principaux de notre visite de la Bolivie était de faire un peu de randonnée, vu les nombreuses possibilités offertes par ce pays de montagnes. Le plus dur est d’abord de choisir: Descendre vers la jungle des Yungas, faire le tour de l’Illampu ou du Condoriri. On a pris une option plus audacieuse mais plus typique: la cordilière Apolobamba, à la frontière péruvienne.

Pour la carte, voyez sur le site de Alain Mesili, un alpiniste qui a fait pas mal de premières dans la région.

Le lieu est difficile d’accès (12h de la Paz sur une route pour Jeep uniquement) mais en est plus authentique. Pour éviter le plantage de bus et autres problèmes on a booké avec une agence, ce qui a un peu augmenté le montant de la facture (900 $ pour 6 jours) principalement à cause de la jeep (250$).

Avant même de commencer à marcher, on pouvait se faire un idée de ce qui nous attendait: la route, avec un col à 5000m et des étangs à traverser, le parc Ulla Ulla et ses millions de Lamas, vicuñas et alpacas et les contrôles militaires tous les 50 kms avant la descente vertigineuse vers Pelechuco.

Pelechuco

Après un voyage sans encombre, certainement grâce aux bénédictions du chauffeur aux passages de cols (un peu d’alcool à 96% versé sur les roues de la jeep et sur le sol pour la Pachamama), on se retrouve à Pelechuco, sur la route des Yungas et de la jungle amazonienne. Là, premiers doutes émis par le muletier: vous voulez vraiment faire tout ça en 4 jours? On commence un peu à se méfier du plan prévu par l’agence, mais le guide change un peu le programme pour nous éviter trop de fatigue.

Jour 1: Pelechuco – Rio Illo Illo

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Piedra (4900m)
    • Condors: 3

Jour 1: Bye bye PelechucoLe premier jour de marche part assez fort: on monte de 3700m jusqu’au col de Piedra à 4900m (plus haut que le Mont-Blanc). Heureusement, le début du parcours suit la route d’une mine d’or et est donc assez confortable. On part bien avant le muletier, qui doit aller chercher les bêtes au pâturage (à 2h de marche!). Il nous rejoindra au camp en fin de journée. Le mot d’ordre de la journée est donc: ça monte!

Pendant la montée quelques condors passent en dessus de nous en planant, comme pour nous narguer. Vu qu’on est encore frais, on parvient (en soufflant un peu à la Gainsbourg quand même) en haut du col sans encombre. Une petite offrande à la Pachamama et le guide nous indique le prochain col: regarde, c’est tout là-bas au fond, oui, où il y a la neige!!! Merci pour la motivation…

Ensuite, on se laisse dévaler dans un peu de neige, mais sur un chemin préhispanique d’une qualité impressionante vu l’altitude, jusqu’à une plaine où broutent quelques alpacas, 400m plus bas. Une heure plus tard, on se pose au campement (en dessus du village de Illo Illo) et on attend , un brin anxieux, les mules qui portent notre tente et notre nourriture.

La première constatation, c’est qu’il ne fait pas chaud par ici. Assez normal, vu qu’on est à plus de 4000m et que c’est l’hiver qui commence. On va enfin tester nos sacs de couchages hiver et notre tente Exped “Extreme”.

En plein montage de la tente, un troupeau d’alpacas hébété débarque et nous regarde bizarrement: normal, on a planté la tente sur le chemin de leur enclos. ;-) Pour éviter les pumas et autres prédateurs, les paysans rentrent leurs bêtes tous les soirs et les ressortent le matin. Les valaisans pourraient venir prendre quelques cours ici, eux qui sortent l’armée chaque fois qu’un loup débarque… ;-)

Jour 2: Rio Illo Illo – Sunchuli

    • Kms: 15 env.
    • Cols: Sunchuli (5100m)
    • Condors: 0

Aujourd’hui, programme similaire à hier: ça monte toujours. Cette fois, jusqu’à 5100m, le sommet du parcours. On verra bien comment on résiste à l’altitude, mais on a prévu le coup: On a pris des bonbons de coca anti-soroche (mal d’altitude).

On a pas eu trop froid la nuit, mais le collant thermique était obligatoire… Il faisait environ Jour 2: Cuchillo II5 degrés dans la tente au réveil, et le soleil n’était pas au rendez-vous pour cause de montagne gênante. C’est donc un peu dur de déjeuner en tremblotant de froid. Heureusement le guide-cuisinier a pensé à tout: tartines, yogourt, thé (de coca évidemment), café et chocolat…

On est content de démarrer même si le programme est un peu effrayant: environ 10 kms de montée jusqu’au col Sunchuli, une heure de descente et campement à 4600m. On monte, on s’arrête, on monte, on mange, on monte et pour finir on arrive en bas du mur final: 100m dans la neige et le gravier, en respirant comme un fumeur asthmatique tuberculeux. Avec un brin de mal de crâne pour moi, on finit par arriver au sommet, et l’heure de descente jusqu’au camp n’est plus qu’une formalité.

Jour 3: Sunchuli – Jatunpampa

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Sans nom (2x 4800m)
    • Condors: 4

Le troisième jour, en principe on se sent mieux et on commence à s’habituer à la marche. Sauf que là, on a dormi à 4600m sous la pleine lune donc c’était un peu nuit blanche… Mais aujourd’hui, le programme semble plus facile: un peu de montée jusqu’à 4800m, la descente des mil curvas et un autre col à 4800 pour finir la journée en beauté.

Jour 3: Les mil curvas (du milieu)Le guide nous avait averti: les mil curvas, les gens ont peur, c’est raide… A juste titre, mais on connaît les sentiers des Alpes (genre la tour d’Aï) et on a pas trop le vertige. On est quand même contents de les faire à la descente, vu que c’est 700m de dénivelé et 120 virages (selon le compte du guide). Coincidence, c’est en plein milieu des mil curvas qu’on croise les deux seuls touristes en 4 jours, sans guide ni mules mais avec le GPS ;-)

On prend le temps de regarder ce qui nous attends (c’est juste en face) depuis la prairie d’Inkacancha en cassant la croûte et on est assez stupéfaits de voir débarquer quatre mineurs portant une énorme poutre: direction les mil curvas. Il vont certainement en avoir pour la journée et une partie de la nuit à monter jusqu’à leur campement. Par ici, peu de routes, et en plus le transport est très cher (carburant et pièces de rechange pour les jeeps) donc les gens vont à pied.

En montant péniblement le dernier col, on croise encore deux personnes et une mule: des Kallawayas, les indiens guérisseurs de la région. Ils sont tellement réputés qu’ils vont jusqu’en Patagonie et que ce sont eux qui ont été les médecins des constructeurs du canal de Panama. C’est donc un peu grâce à eux que votre télé Plasma made in China arrive dans votre salon ;-)

Un des détails qui nous frappe dans ce trek, c’est la timidité des gens qu’on croise. Ce n’est pas étonnant, ceci dit, comme ils voient peu de touristes et qu’ils ne parlent souvent pas un mot d’espagnol…

Le dernier col de la journée nous finit bien et on descend en roue libre jusqu’au rendez-Jour 3: Réflexionvous fixé à Eloi pour poser la tente. Heureusement, le sentier est toujours de bonne qualité. Arrivés au rendez-vous, pas de mules: ils sont descendus un peu plus bas… Une demi-heure plus tard on peut poser notre sac et monter la tente sous l’oeil incrédule des viscachas, un improbable croisement entre le lapin, la marmotte et le chinchilla.

Jour 4: Jatunpampa – Charazani

    • Kms: 18 env.
    • Cols: Aucun (mais ça monte quand même)
    • Condors: 20

Dernier jour. Vu le rythme imposé, on sent un peu la fatigue, mais l’idée de l’hôtel et des Jour 4: Cultures en terrassebains termaux au bout de la journée nous motive. En plus, le paysage change aujourd’hui toutes les heures au fur et à mesure qu’on descend dans la vallée. D’abord les premiers arbres, puis les cactus et ensuite une forêt humide comme dans les Yungas. En plus, coup de chance, une vingtaine de condors croisent notre chemin: une vache ou un lama a dû se tuer au fond de la vallée et les condors s’envolent après s’être fait un bon gueuleton. Rien de mieux pour les photos: condors sur fond de cordilière. ;-)

Un peu plus loin, on croise une mamie locale, qui nous raconte sa vie en Quechua, sans Jour 4: Encore des condorsqu’on comprennent un mot, vu qu’on parle pas la langue et que notre guide est Aymara. Sylvie lui donne une pomme, malgré le peu de dents qu’il lui reste, et on s’en va…

Le reste, c’est quand même pas de la tarte, il nous reste 4 heures de chemin en dents de scie jusqu’à Charazani, but final de la balade. En plus, aujourd’hui on a chaud, ce qui nous change, mais est moins agréable pour la marche…

Au final on arrive à bon port, avec quelques cloques pour Sylvie et un bon coup de barre pour tout le monde. Je trouve quand même la force de descendre jusqu’aux termes avec le guide et le muletier et je me trempe sous l’oeil incrédule des locaux, après que mes deux compagnons m’aient annoncé qu’ils ne savaient pas nager ;-) et qu’ils allaient se contenter de la douche.

Cochabamba

Après plus de trois mois de tourisme intensif, on commence un peu à sentir la fatigue. C’est le moment de passer à la deuxième étape du voyage: La partie linguistique. Cours débutant pour Sylvie et révision pour moi. L’avantage de la Bolivie, c’est qu’ils parlent assez bien espagnol (moins d’accent que certains autres pays) et que c’est très bon marché: 4 heures de cours privés pour 30 francs et pension complète pour 7 francs par jour, difficile à battre sur tout le continent.

On a opté pour Cochabamba qui est un des meilleurs endroits du pays pour ce genre d’activité. La 3ème ville du pays n’est ni la plus jolie, ni la plus intéressante, mais elle est assez animée (beaucoup d’étudiants) et située dans une région parsemée de sites à visiter. Qui plus est, le climat est agréable (mieux vaut “palmiers et T-shirt” que les 5 couches de couvertures de l’altiplano pour potasser le passé du subjonctif).

Pour ceux que ça intéresse, Cochabamba est mondialement connue pour sa guerre de l’eau qui a defrayé la chronique il y a quelques années (la privatisation de l’eau courante avait géneré des factures de 20$ chez des habitants en gagnant 100 par mois).

L’école, en plus d’organiser les cours, propose l’hébergement en famille, ce qui, au final, est bien plus sympa. Ça force à pratiquer la langue, et il est possible d’essayer de comprendre un brin de la – très compliquée – politique bolivienne en discutant avec la famille. On a donc passé un peu plus de deux semaines chez Doña Vita et Don Rene (plus Nico le chien) dans une chambre au fond de leur cour.

Le quartier, situé dans la banlieue de Cochabamba est aussi digne d’intérêt: Il a été construit de manière coopérative pour des anciens mineurs de l’Altiplano (mines de Siglo XX à Catavi). Chacun pouvait cotiser afin d’obtenir un maison et un terrain, qu’il terminerait de payer 20-40 ans plus tard. Evidemment, chaque habitant a donc son histoire, toujours intéressante à entendre.

Ça a aussi été assez marrant de se retrouver dans un groupe d’étudiants allemands, autrichiens, suisses et américains de 22 à 67 ans… Discussions obligatoirement en espagnol, cela va sans dire…

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la Bolivie est aussi un pays culturellement riche: musique, cinéma et théâtre locaux sont bien développés. On en profite évidemment tant qu’on peut, et si il est difficile d’éviter les productions américaines au cinéma, heureusement la musique bolivienne est bien plus présente. On a donc pu écouter quelques groupes folkloriques du cru: Semilla et los Kjarkas (essayez de prononcer ça!).

Los Kjarkas jouaient dans le cadre de la foire de Cochabamba, sorte de Comptoir Suisse (pour les vaudois), foire de Genève (pour les genevois) ou Modhac (pour ceux de la Tchaux). Léger étonnement quand ils ont joué la Lambada avec charango, flûte de pan et costumes traditionnels… Après enquête j’ai découvert avec surprise qu’ils en étaient les – heureux – compositeurs. Un brésilien s’est contenté de changer un peu le rythme (et d’appeler Orangina) pour en faire le tube que tout le monde connaît. De quoi gagner quelques paris au bistrot, si jamais. ;-)

Demain, départ pour la Paz et retour sous les couvertures, altiplano oblige.

Les photos du Salar

Isla Inkahuasi

Les photos du Salar d’Uyuni sont arrivées…

Cliquez sur la photo pour accéder à l’album.

Notez bien qu’il n’y a aucun trucage de couleur ou autre ;-)

Sucre: la ville blanche

Après les fortes émotions de Potosí, deux heures de taxi collectifRuelle conduit par fangio junior et nous voici à Sucre, capitale de la Bolivie. Et non, ce n’est pas la Paz la capitale du pays, c’est uniquement le siège du gouvernement… N’importe quel habitant de Sucre sera prompt à vous le rappeler. Par contre, le nom de la ville n’a rien à voir avec le sucre, qui se dit azúcar en espagnol.

Les riches habitants de Potosí descendent depuis plusieurs siècles à Sucre, car le climat y est bien plus agréable, malgré l’altitude encore elevée (2780m). Du coup, Sucre est un des plus grands ensembles de bâtiments de style colonial baroque existant au monde. L’UNESCO a d’ailleurs classé la ville, tout comme sa voisine Potosí. La tradition veut que tous les édifices soient peints en blanc, ce qui donne un très bon effet à l’ensemble, mais force le touriste au port de la lunette de soleil…

La ville possède aussi le plus grand ensemble de traces de dinosaures du monde: 1.5 km de large et les traces de 300 spécimens. Le parc est superbement aménagé et n’a rien à envier aux musées européens. D’ailleurs, dans l’ensemble, Sucre fait presque oublier qu’on est en Bolivie et montre bien la présence de fonds importants pour tout ce qui touche à la culture: Le musée des textiles indigènes, par exemple, relate le déroulement d’un projet qui a permi d’éviter la disparition pure et simple du tissage traditionnel dans deux ethnies de la province: les Tarabuco et les Jallqa. Pour les interessés: Textiles Tarabuco et Jallqa

Ce sont les Tarabuco que nous sommes allés visiter dans leTarabuco: le marché village du même nom pour notre premier marché traditionnel. L’occasion d’acheter quelques textiles et de s’étonner devant les campesinos venant en mule vendre leurs quelques salades, fruits ou légumes dans le plus grand marché de la région.

Point bo

.bo: c’est le domaine internet de la Bolivie. Bon, il y a pas mal de chances que vous ne le sachiez pas, vu que c’est un pays assez peu développé. Dans l’indice mondial du développement, la Bolivie est 117ème sur 155, 10 places devant l’Inde.

Un nouveau pays, c’est aussi une frontière avec ses douaniers et sa photo du président au mur (Evo Morales, premier président indigène du continent). Ensuite, c’est une nouvelle monnaie, avec un taux de change à mentaliser (1/7.5, ça va pas être drôle), des nouvelles coutumes et des nouvelles arnaques.

Je dois aussi changer de marque (de bière bien sûr…): ici c’est la paçeña ou la Potosina, fini la Quilmes des argentins…

Pour finir, quelques surprises: Pas de chauffage dans les hotels, même à Potosi, à 4000m d’altitude: on apprécie enfin notre sac de couchage hiver.  Ou encore les boliviennes en jupes et chapeaux melons et les lamas dans les pâturages, les oreilles garnies de laine colorée...

Le Nord-ouest andin II: Purmamarca, Humahuaca et Iruya

Après une courte réflexion, nous avons fini par rebrousser chemin devant les éléments déchaînés. On s’est dirigés directement vers l’objectif suivant: le village de Purmamarca, au Nord de Jujuy, direction la Bolivie…

Au passage, on a pris la route de la corniche qui monte de Salta à Jujuy en traversant la forêt de Yungas (Jungle sub-tropicale). Au moins, celle là est goudronnée même si au final ça ne change pas grand chose, vu la largeur (3 mètres) et la quantité de virages du tronçon… Comme d’habitude, les bovins et autres bestioles se font un malin plaisir de se cacher au milieu de la route, juste derrière lesdits virages…

Après Jujuy, la route suit la Quebrada de Humahuaca, une vallée profonde entourée de montagnes multicolores et couvertes de cactus. Le site est évidemment dans la liste UNESCO du patrimoine de l’humanité et ça a certainement empêché beaucoup de constructions abominables dans le coin ;-)

Purmamarca

Purmamarca est située au pied du col qui conduit vers le Chili et San Pedro de Atacama et concentre en quelques hectare tout ce qui fait le Nord-ouest andin argentin: village typique, église en terre, montagnes multicolores, cactus et vendeurs de ponchos en laine de lama…

La montagne sur laquelle s’appuie le village s’appelle le Cerro de siete colores et est dans le top ten des posters de l’office du tourisme argentin, non sans raison. Les différentes compositions de la terre et des pierres donnent ces couleurs surréalistes: Fer pour le rouge, cuivre pour le vert, etc…

Le lendemain, on s’est décidés à profiter de la route, pour une fois bitumée, pourSalinas grandes grimper vers le Chili et aller voir la Saline de Salinas Grandes. Quand je dis grimper, c’est qu’effectivement le col est à plus de 4000 mètres d’altitude. On ne ressent pas vraiment de difficulté pour respirer, mais on a quand même le souffle coupé par l’immense étendue blanche sous un ciel bleu ultra pur (merci l’altitude).

Pour finir la journée on est redescendus dans la vallée et on s’est dirigés vers le prochain pueblito: Humahuaca.

Iruya

A Humahuaca, on va prendre le bus. Bizarre, direz-vous, ont-ils cassé leur Gol fraîchement louée? Non, c’est simplement que la route est encore pire que d’habitude et qu’on préfère laisser quelqu’un qui la fait tous les jours nous conduire…

3 heures de parcours pour 70 kilomètres, on a appris à se méfier quand on rencontre ce genre de statistiques (évidemment la carte routière n’en dit rien).  Effectivement, la route pour Iruya est un chemin de terre qui monte à plus de 4000 mètres, descend en zigzaguant dans plusieurs canyons et serpente même quelques kilomètres dans le lit d’une rivière.

Au bout du chemin, c’est comme sur l’affiche de l’office du tourisme: la petite église accrochée à la falaise et un des villages les plus perdus et pittoresques du pays.  Le prochain supermarché à plus de 4 heures de route: le rêve de José Bové!

Après une semaine cahotante, on a quand même réussi à rendre la voiture sans la moindre rayure. On se rend aussi un peu mieux compte de la chance et du confort d’avoir un chauffeur qui conduit pour nous, tant les routes andines demandent une concentration permanente…

Le nord-ouest andin I: Cafayate et Cachi

Aujourd’hui, on change de mode de transport: une VW Gol (made in brasiouuuu!) presque neuve, louée chez Europcar. La conduite argentine se situe entre Palerme, Naples et Marrakech au niveau du code de la route. D’ailleurs, pour l’anecdote, un conducteur argentin sur deux n’a jamais lu ledit code de la route. En principe, la règle de base c’est: priorité à celui qui ne pourra pas freiner ;-)

Ensuite, il y a les routes: pas d’autoroutes multipistes, et beaucoup de chemins non goudronnés. Et toujours se renseigner pour savoir si la route n’est pas partie avec le dernier orage (surtout dans le Nord où l’été c’est la saison des pluies).

On a donc prévu un circuit en conséquence: La quebrada de Cafayate, quelques caves à Cafayate et remonter vers le Nord via les villages de Cachi et San Antonio de los Cobres. Pour finir: la Quebrada de Humahuaca et les montagnes multicolores de l’extrême Nord du pays.

Cafayate

La route de Cafayate est une des plus célèbre d’Argentine car elle traverse un canyon rempli de formations rocheuses bizarres: fissures, obélisques et châteaux de terre multicolore parsèment les 100km de la quebrada.

Arrivé au bout: pas de répit, la petite ville de Cafayate est aussi célèbre pour ses vins,Cafayate notamment le Torrontés (blanc très fruité, style petite arvine en moins doux). Donc on a mis en place une opération bodegas pour le lendemain… On était restés déçus à Mendoza par l’aspect commercial de toutes les visites, mais ici, c’est la campagne, et on sait recevoir: visite et dégustation vont de pair… Avec au passage quelques découvertes comme la bodega Nanni, qui fait 4 vins bios d’excellente qualité: Cabernet, Malbec, Tannat et Torrontés, tous excellent mais malheureusement pas exportés en Europe. Et dire que tout ça pousse à 1700m d’altitude…

La route de CachiLe lendemain, au programme: 150 km de ripio con muchas calaminas d’après l’office du tourisme. Les calaminas sont les petites vaguelettes formées par le sable et qui démontent la voiture boulon par boulon si on les passe à plus de 30 km/h…

Comme prévu, on a mis environ 5 heures pour le trajet, mais vu les paysages, ça n’a paru long que pour les amortisseurs de la Gol. Un pause midi à Molinos, village perdu au milieu de nulle part, couronné de son église en terre du 17ème siècle et on repart vers Cachi…

Cachi

Cachi est préservé des hordes de touristes par ses deux routes d’accès en très mauvais état. Sinon, vu le côté pittoresque du lieu, le village serait envahi par les tours organisés et les macdos. Bon, peut-être quand même pas les macdos…

Pour le moment, seuls quelques routards incrédules prennent un café sur la place et s’interroge sur la hauteur des trottoirs (au moins 50-70 centimètres)…

Après avoir trouvé la réponse – quand il pleut, il pleut beaucoup et ça évite les inondationsParque Nacional Los Cardones – on est repartis vers la vallée, dans le but de remonter par la route vers San Antonio de los Cobres. Pour ça, il faut d’abord passer au travers du parc national Los Cardones, créé pour sauvegarder les cactus géants (les cardones). Ça semble marcher plutôt bien, vu les millions de cactus qui parsèment le parc. Peu après, changement de décor, la brume s’installe et l’herbe devient verte: normal, on doit grimper à 3400m pour mieux redescendre la Cuesta del Obispo, direction Salta.

Le paysage magnifique du col est l’exact antithèse de la route: un simple chemin de terre, raviné par la pluie et un brin glissant, vu l’humidité. Et quand on croit qu’on est tiré d’affaire, de retour sur le bitume on doit traverser une rivière façon Camel Trophy sans être sûrs que la Gol (et notre franchise avec) ne se fasse emporter par l’eau boueuse.

Arrivés en bas, on cherche un peu la route vers San Antonio de los cobres, qui suit le parcours du Tren a las Nubes. Le train est au repos actuellement, car la voie a été emportée par les intempéries du printemps. Après quelques mètres et presque autant de torrents à traverser, on se rend compte que ce sera pire que le tronçon précédent et on se demande si on ne devrait pas abandonner…

La suite au prochain épisode.

Salta la Linda

Après les fêtes de Pâques, on a repris nos perigrinations, direction: plein Nord, Salta et Jujuy à la frontière bolivienne.

Une nuit de bus, trois barrages d’agriculteurs grévistes et quelques centaines de kilomètres plus tard, on arrive dans la capitale du Nord argentin: Salta. La différence se sent immédiatement: Plus d’habitants ont le type indien – cheveux noirs et teint mat – et l’ambiance générale change.La ville

Salta est une ville assez agréable, entourée de montagnes, avec de jolis parcs et un centre historique très bien conservé. Il y a même une télécabine pour aller se balader sur le Cerro San Bernardo.

Pour parcourir librement le Nord-ouest argentin, mal desservi par les transports publics, on a décidé de louer une voiture pour une semaine, malgré les conducteurs argentins loco locos…

Le “paro del campo”

Certainement que vous n’en avez pas entendu parler, mais en Argentine actuellement, les agriculteurs font la grève parce que le gouvernement vient d’augmenter la taxe sur les exportations de produits agricoles (soja et maïs), dont les prix s’envolent actuellement. Cristina, la présidente, veut sa part du gâteau. ;-)

En Amérique latine, la méthode de contestation standard est la grève avec piquets sur les routes. Les agriculteurs sont plutôt bien équipés pour ça: tracteurs en travers des nationales, camps au bord de la route et paysans motivés. Une chance pour nous qu’ils ne stoppent que les camions de matières premières et de viande. On peut donc passer en bus ou en voiture sans trop d’encombres…

Heureusement, le gouvernement vient de céder et veut limiter la mesure aux grands producteurs. Je dis heureusement, car les étalages des magasins commençaient gentiment à se soviétiser, et comble de l’ironie, certains restaurant manquaient de viande pour les grillades…

Córdoba & Alta Gracia

Notre passage à Córdoba (pas oublier l’accent) sera l’occasion d’un petit retour en arrière: En 1997 j’avais passé un mois à Alta Gracia, chez la famille Bonvin (prononcé Bonnevine ici…) lors d’un échange linguistique et j’y avais appris le peu d’espagnol que je baragouine. C’est d’ailleurs de là que vient mon accent argentin. ;-)

11 ans, quelques présidents, une dévaluation plus tard, je suis de retour… J’ai déjà vu que le pays avait un peu changé et j’ai aussi remarqué que la sympathie des argentins ne les avait pas quittés, heureusement.

On a passé quelques jours à Córdoba, une des villes les moins visitées par les touristes étrangers, mais très connue des argentins pour ses églises. Semaine sainte oblige, la ville (et les hotels) débordait de touristes locaux… Une petite journée de marche pour aller observer les condors, quelques visites (le couvent Juan de Tejeda et les diverses églises) et on s’est dirigés vers Alta Gracia, connue pour l’estancia jésuite (patrimoine UNESCO) et… le Che, qui y a passé son enfance.Alta Gracia: le Tajamar et l'estancia jésuite

On a été accueillis par Andrés (mon échange d’il y a 11 ans), comme si on faisait partie de la famille, évidemment par un asado (grillade)… Comme il est architecte, il a construit sa propre maison, qui est d’ailleurs assez représentative de son style (jetez un oeil sur la galerie). On a bien sûr été un peu bombardés de questions sur la Suisse, et on a pu beaucoup discuter de la situation actuelle du pays, en sirotant un maté avec leurs amis, aussi en vacances de Pâques.

J’ai aussi eu l’occasion de revoir les parents d’Andrés, qui se portent à merveille. Pour l’anecdote, il ont toujours leur Peugeot 505 avec laquelles on avait voyagé dans le Nord en 97…

Bref, quelques jours de vacances avant de se diriger vers le Nord et vers l’Amérique du Sud des peuples indigènes.